Les dépréciations des immobilisations, et des actifs circulants

Objectif

À la fin de cette partie, vous serez capable de :

  • expliquer la dépréciation comme application du principe de prudence et l’articuler avec le principe du coût historique ;

  • identifier les situations dans lesquelles un actif doit faire l’objet d’une dépréciation ou d’une reprise ;

  • évaluer et comptabiliser les dépréciations des titres selon leur catégorie : titres de participation, titres immobilisés, TIAP et valeurs mobilières de placement ;

  • traiter comptablement les créances douteuses, les créances irrécouvrables, les dotations, les reprises et la récupération éventuelle de TVA ;

  • réaliser le test de dépréciation d’une immobilisation et adapter le plan d’amortissement lorsque la valeur actuelle évolue ;

  • enregistrer les écritures de dotation et de reprise liées aux dépréciations.

Introduction et rappels

La dépréciation est un mécanisme comptable permettant d'ajuster la valeur d'un actif pour refléter sa valeur réelle. En comptabilité, il est crucial de présenter une image fidèle de la situation financière d'une entreprise. C'est pourquoi la dépréciation intervient lorsqu'un actif voit sa valeur diminuer de manière temporaire ou permanente. Cette méthode respecte le principe de prudence, qui incite à reconnaître les pertes probables dès leur identification.

Rappel sur le principe de prudence

Le principe de prudence impose d’éviter de surévaluer les actifs et les produits, et de sous-évaluer les passifs et les charges. Son objectif est de ne pas transférer sur des exercices futurs des incertitudes déjà présentes à la clôture, afin de préserver une image fidèle du patrimoine et du résultat.

Concrètement, ce principe a deux conséquences asymétriques :

  • Lorsqu’un actif perd de la valeur de manière probable, même si la perte n’est pas encore définitive, l’entreprise doit constater cette perte par une dépréciation. Il ne s’agit pas d’un choix mais d’une obligation comptable.

  • Lorsqu’un actif voit sa valeur augmenter au-delà de son coût d’entrée, l’entreprise ne doit pas anticiper ce gain potentiel : tant que l’actif n’est pas cédé, aucun produit ne peut être enregistré au titre de cette plus-value latente.

La dépréciation est donc l’application directe du principe de prudence à la clôture des comptes.

Rappel sur le principe du coût historique

Le principe du coût historique impose que les actifs soient enregistrés et conservés au bilan pour leur valeur d’entrée dans le patrimoine, c’est-à-dire leur coût d’acquisition (ou leur coût de production pour les biens produits par l’entreprise). Cette valeur d’entrée n’est pas réévaluée à la hausse au fil du temps, même si la valeur réelle de l’actif augmente.

Le coût historique entre en tension apparente avec le principe de prudence : si un actif perd de la valeur, faut-il modifier sa valeur au bilan ? La réponse comptable consiste à conserver la valeur d’entrée (coût historique) inchangée dans le compte de l’actif, mais à enregistrer en parallèle une dépréciation, qui vient minorer cette valeur. Le bilan présente ainsi à la fois la valeur d’origine (information durable) et la dépréciation (information de prudence), dont la différence donne la valeur nette comptable.

Cette articulation permet de respecter simultanément les deux principes : la valeur historique reste lisible, et la perte de valeur probable est reflétée dans les comptes.

Rappel sur la métaphore de l’ombre des objets

La différence de l'opacification de la vitre que nous avons décrite dans la partie de cours sur l'amortissement, une dépréciation correspondrait à une tâche sur la vitre, tâche qui peut éventuellement être nettoyée. Cela signifie qu'il est possible d'enregistrer des reprises, c'est-à-dire des annulations de dépréciation dans le cas où l'actif déprécié reprendrait de la valeur au cours du temps.

La Dépréciation des titres

Rappels sur les titres

Les titres financiers représentent des parts de propriété ou des créances sur une autre entité. Ils sont classés selon leur nature :

  • Titres immobilisés : Il s'agit de titres financiers détenus sur le long terme par l'entreprise, que ce soit dans un but de prise de participation d'une entité ou dans un but purement spéculatif. La dépréciation consistera donc en une dépréciation d'immobilisation.

  • Valeurs Mobilières de Placement (VMP) : titres acquis dans une perspective de revente à court terme. La dépréciation consistera donc en une dépréciation d'actif circulant.

Pour plus de détails concernant la nature et le traitement des titres, voir cette partie de cours.

Évaluation et comparaison avec la valeur d’acquisition

Lorsque les titres voient leur valeur fluctuer, il est important de comparer la valeur d’acquisition (prix d’achat) à la valeur d’inventaire (valeur actuelle). Deux situations sont possibles :

  • Plus-value latente : La valeur actuelle est supérieure à la valeur d’achat. Aucune écriture comptable n’est nécessaire.

  • Moins-value latente : La valeur actuelle est inférieure à la valeur d’achat. Il est alors nécessaire d’enregistrer une dépréciation pour refléter la baisse de valeur.

Un point important à retenir est que le principe de prudence doit être mis en relation avec le principe de coût historique. En clair, lorsqu'un titre perd de la valeur celui-ci doit être déprécié (ce n'est pas un choix mais l'application stricte du principe de prudence), lorsque celui-ci reprend de la valeur, il faut enregistrer une reprise, en revanche si celui-ci prend de la valeur (c'est-à-dire que sa valeur au moment de l'inventaire dépasse la valeur à laquelle il est entré dans le bilan), il ne faut pas enregistrer de gains potentiels.

On rappelle qu'il s'agit bien ici d'enregistrer des écritures d'inventaire, c'est-à-dire de prendre une photographie du bilan au moment de la clôture, ce qui est sans rapport avec les écritures de cession de titres. Bien entendu lorsqu'un titre est vendu, il faudra enregistrer l'éventuel moins-value ou plus-value de revente.

Comptabilisation des dépréciations des titres

Traitement des titres de participation

Calcul de la dépréciation

Les titres de participation (compte 261) sont des titres détenus durablement pour exercer une influence ou un contrôle sur l'entité émettrice. À l'inventaire, ils sont évalués à leur valeur d'utilité, c'est-à-dire la valeur que représente la possession de ces titres pour l'entreprise, compte tenu de ses objectifs stratégiques.

La valeur d'utilité est généralement estimée à partir d'un faisceau d'indices : quote-part de capitaux propres de la filiale, rentabilité prévisionnelle, perspectives de développement, valeur de marché lorsqu'elle existe. Elle s'écarte donc volontairement d'une simple référence au cours de bourse, peu pertinente pour des titres détenus dans une logique de contrôle.

Le calcul de la dépréciation suit la logique générale rappelée plus haut :

  • Si valeur d'utilité ≥ valeur d'acquisition : aucune écriture (plus-value latente, ignorée par prudence) ;

  • Si valeur d'utilité < valeur d'acquisition : la dépréciation à constater est égale à la différence entre la valeur d'acquisition (ou la valeur nette comptable, si une dépréciation existait déjà) et la valeur d'utilité.

À chaque clôture, on compare le montant de la dépréciation nécessaire au stock de dépréciation déjà comptabilisé :

  • Si la dépréciation nécessaire est supérieure, on enregistre une dotation complémentaire (par le débit du compte 6866 « Dotations aux dépréciations des éléments financiers ») ;

  • Si elle est inférieure, on enregistre une reprise partielle (par le crédit du compte 78662 « Reprises sur dépréciations des immobilisations financières ») ;

  • Si elle est nulle, on reprend l'intégralité de la dépréciation antérieure.

Exemple

Au 01/04/N, la société Alpha acquiert 1 000 titres de la société Beta au prix unitaire de 50 €, dans une logique de prise de contrôle. La valeur d'entrée au compte 261 est donc de 50 000 €.

Au 31/12/N (clôture), la valeur d'utilité estimée des titres Beta est de 42 000 €. Beta a en effet enregistré des pertes importantes et ses perspectives sont dégradées. Une moins-value latente de 8000 € apparaît.

Écriture d'inventaire au 31/12/N :

31/12/N+1

Débit

Crédit

6866

Dotations aux dépréciations des éléments financiers

8 000 €

2961

Dépréciations des titres de participation

8 000 €

Au 31/12/N+1, la valeur d'utilité remonte à 47 000 €. La dépréciation nécessaire n'est plus que de 3 000 € (50 000 − 47 000), alors que le stock de dépréciation est de 8 000 €. Il faut donc reprendre 5000€.

Écriture d'inventaire au 31/12/N+1 :

31/12/N+1

Débit

Crédit

2961

Dépréciations des titres de participation

5 000 €

78662

Reprises sur dépréciations des immobilisations financières

5 000 €

Au 31/12/N+2, la valeur d'utilité atteint 55 000 €. Le coût historique est de 50 000 €. Conformément au principe de prudence, on ne reconnaît pas la plus-value latente de 5 000 €. En revanche, la dépréciation résiduelle de 3 000 € n'a plus de raison d'être : on reprend la totalité.

Écriture d'inventaire au 31/12/N+2 :

31/12/N+2

Débit

Crédit

2961

Dépréciations des titres de participation

3 000 €

78662

Reprises sur dépréciations des immobilisations financières

3 000 €

À l'issue de cette écriture, les titres figurent au bilan pour leur valeur historique de 50 000 €, sans dépréciation. La plus-value latente n'est pas enregistrée : elle ne le serait qu'en cas de cession effective.

Traitement des titres immobilisés autres que l’activité de portefeuille

Calcul de la dépréciation

Les titres immobilisés autres que ceux de l'activité de portefeuille (compte 271) regroupent les titres détenus durablement sans intention d'exercer un contrôle ni de gérer activement un portefeuille (par exemple, des actions conservées pour leur rendement de long terme). À l'inventaire, le PCG retient deux références possibles :

  • Pour les titres cotés : le cours moyen du dernier mois précédant la clôture ;

  • Pour les titres non cotés : la valeur probable de négociation, déterminée à partir de transactions comparables, de la situation nette comptable de l'émetteur ou de toute autre méthode d'évaluation justifiable.

La dépréciation est calculée par comparaison entre la valeur d'acquisition et cette valeur d'inventaire :

  • Si valeur d'inventaire ≥ valeur d'acquisition : aucune écriture (plus-value latente non comptabilisée) ;

  • Si valeur d'inventaire < valeur d'acquisition : la dépréciation à constater est égale à la différence.

La dotation s'enregistre au débit du compte 6866 et la dépréciation au crédit du compte 2971 « Dépréciations des titres immobilisés (droit de propriété) ». Les reprises éventuelles se font par le crédit du compte 78662.

Particularité : pour les titres cotés, il est admis de compenser, ligne à ligne, les plus-values latentes et moins-values latentes au sein d'un même ensemble homogène (titres de même nature, même émetteur). Cette compensation ne joue jamais entre des lignes différentes : une moins-value latente sur une ligne ne peut pas être effacée par une plus-value latente sur une autre.

Exemple

Au 15/06/N, la société Gamma acquiert 500 actions cotées de la société Delta au prix unitaire de 80 €, soit 40 000 € au total, dans une optique de placement long terme sans intention de contrôle. Les titres sont enregistrés au compte 271.

Au 31/12/N (clôture), le cours moyen du mois de décembre est de 70 €. La valeur d'inventaire de la ligne est donc de 500 × 70 = 35 000 €. La moins-value latente est de 5 000 €.

Écriture d'inventaire au 31/12/N :

31/12/N

Débit

Crédit

6866

Dotations aux dépréciations des éléments financiers

5 000 €

2971

Reprises sur dépréciations des immobilisations financières

5 000 €

Au 31/12/N+1, le cours moyen de décembre N+1 s'établit à 76 €. La valeur d'inventaire est de 38 000 €. La dépréciation nécessaire n'est plus que de 2 000 € (40 000 − 38 000). Il faut donc reprendre 3000€.

Écriture d'inventaire au 31/12/N+1 :

31/12/N+1

Débit

Crédit

2971

Dépréciations des titres immobilisés (droit de propriété)

3 000 €

78662

Reprises sur dépréciations des immobilisations financières

3 000 €

Au 31/12/N+2, le cours moyen atteint 85 €. La valeur d'inventaire est de 42 500 €, supérieure au coût d'acquisition. Conformément au principe de prudence, aucune plus-value latente n'est enregistrée. La dépréciation résiduelle de 2 000 € est intégralement reprise.

Écriture d'inventaire au 31/12/N+2 :

31/12/N+2

Débit

Crédit

2971

Dépréciations des titres immobilisés (droit de propriété)

2 000 €

78662

Reprises sur dépréciations des immobilisations financières

2 000 €

Traitement des titres immobilisés de l’activité de portefeuille

Calcul de la dépréciation

Les titres immobilisés de l'activité de portefeuille (TIAP, compte 273) sont des titres acquis pour en retirer une rentabilité financière à long terme, sans intervention dans la gestion de l'émetteur. Ils constituent l'outil de travail d'une activité financière, par exemple celle d'une société de gestion d'actifs.

À l'inventaire, le PCG retient pour les TIAP la valeur de marché :

  • Pour les titres cotés : le cours moyen du dernier mois précédant la clôture ;

  • Pour les titres non cotés : la valeur probable de négociation, déterminée à partir d'indices objectifs (transactions récentes, valeur d'expertise, valeur de la quote-part de capitaux propres).

Contrairement aux titres de participation, la notion de valeur d'utilité n'est pas pertinente ici, car la détention n'a pas de finalité stratégique : ce qui compte est la valeur que l'on pourrait obtenir en cédant le titre.

La dépréciation est calculée ligne par ligne, sans aucune compensation entre lignes. Si la valeur d'inventaire d'une ligne est inférieure à sa valeur d'entrée, on enregistre une dépréciation au crédit du compte 2973 « Dépréciations des titres immobilisés de l'activité de portefeuille », par le débit du compte 6866. Les reprises se font par le crédit du compte 78662.

Exemple

La société Epsilon, dont l'activité consiste à gérer un portefeuille de participations financières, détient au 31/12/N deux lignes de TIAP :

Ligne 1 : 200 titres cotés acquis à 100 € l'unité (valeur d'entrée : 20 000 €). Cours moyen de décembre N : 90 €. Valeur d'inventaire : 18 000 €. Moins-value latente : 2 000 €.

Ligne 2 : 300 titres cotés acquis à 50 € l'unité (valeur d'entrée : 15 000 €). Cours moyen de décembre N : 60 €. Valeur d'inventaire : 18 000 €. Plus-value latente : 3 000 €.

Conformément à la règle d'évaluation ligne par ligne, la plus-value latente sur la ligne 2 ne compense pas la moins-value latente sur la ligne 1. Seule la moins-value est constatée.

Écriture d'inventaire au 31/12/N :

31/12/N

Débit

Crédit

6866

Dotations aux dépréciations des éléments financiers

2 000 €

2973

Dépréciations des titres immobilisés de l’activité de portefeuille

2 000 €

Au 31/12/N+1, le cours moyen de décembre N+1 de la ligne 1 remonte à 95 €. La valeur d'inventaire est de 19 000 €. La dépréciation nécessaire n'est plus que de 1 000 € (20 000 − 19 000). On reprend 1 000 €.

Écriture d'inventaire au 31/12/N+1 :

31/12/N+1

Débit

Crédit

2973

Dépréciations des titres immobilisés de l’activité de portefeuille

1 000 €

78662

Reprises sur dépréciations des immobilisations financières

1 000 €

La Dépréciation des créances clients

Présentation générale des créances clients

Les créances représentent les montants dus par les clients à l'entreprise. Lorsque le risque de non-paiement est probable, on parle de créances douteuses. Si le non-paiement est certain, on parle de créances irrécouvrables.

La dépréciation des créances permet de respecter le principe de prudence. En prenant en compte les créances douteuses lors de l’établissement du bilan, l’entreprise garantit une représentation fidèle de sa situation financière.

Schéma général

La dépréciation des créances clients repose sur 3 étapes

  • Une première étape qui s’enregistre lors de la première alerte ;

  • Une deuxième étape, qui s’effectue à l’inventaire, et qui consiste à déterminer le niveau de dépréciation à enregistrer à la clôture. Ce travail doit être fait à chaque clôture ;

  • L’issue de la créance client, qui peut survenir lorsque le client paie la totalité de ce qu’il doit, ou une partie seulement, le reste passant en créance irrécouvrable.

Quels sont les éléments juridiques qui peuvent ou doivent être pris en compte dans ces étapes ?

Plusieurs éléments juridiques structurent les étapes de la dépréciation des créances clients :

La première alerte. Elle correspond à un événement qui rend le recouvrement incertain : retard de paiement significatif, lettre de relance restée sans réponse, mise en demeure, contestation de la facture, ouverture d'une procédure de sauvegarde ou de redressement judiciaire du client, etc. Comptablement, la créance bascule alors du compte 411 « Clients » vers le compte 416 « Clients douteux ou litigieux ». Ce reclassement n'est pas une dépréciation : il ne fait que signaler le caractère incertain de la créance.

L'évaluation à la clôture. Une fois la créance reclassée en 416, l'entreprise doit estimer à chaque inventaire le risque de non-recouvrement et constater une dépréciation correspondante. La dépréciation se calcule toujours sur le montant hors taxes de la créance : la TVA collectée pourra être récupérée si la créance devient définitivement irrécouvrable, elle n'a donc pas à être dépréciée. Le pourcentage de dépréciation s'appuie sur des indices objectifs : ancienneté de la créance, garanties éventuelles, état de la procédure collective, historique de recouvrement de l'entreprise.

L'issue de la créance. Trois cas peuvent se présenter :

  • Le client paie l'intégralité de sa dette : la dépréciation antérieure est reprise en totalité ;

  • Le client paie partiellement et la part restante est juridiquement irrécouvrable (clôture pour insuffisance d'actif, accord transactionnel définitif, jugement) : la part irrécouvrable est passée en perte (compte 654 « Pertes sur créances irrécouvrables »), la TVA collectée correspondante est récupérée (compte 44551), et la dépréciation antérieure est reprise ;

  • Le client est définitivement défaillant pour la totalité : la créance entière passe en perte, la TVA est récupérée, et la dépréciation est reprise.

Le caractère définitivement irrécouvrable d'une créance doit reposer sur un fondement juridique solide : un jugement de clôture pour insuffisance d'actif, un certificat d'irrécouvrabilité, un protocole d'abandon signé. Sans cet élément, la créance reste douteuse et doit continuer d'être dépréciée.

Exemple

Au 15/03/N, la société Oméga vend pour 12 000 € HT (TVA 20 %, soit 14 400 € TTC) de marchandises au client Sigma, à crédit. La créance est enregistrée au débit du compte 411 « Clients » pour 14 400 €.

Première alerte (15/10/N) : malgré deux relances, Sigma n'a pas payé. Oméga apprend par ailleurs que Sigma traverse de sérieuses difficultés de trésorerie. La créance est reclassée en créance douteuse :

15/10/N

Débit

Crédit

416

Clients douteux

14 400 €

411

Clients

14 400 €

À ce stade, aucune dépréciation n'est encore comptabilisée : seul le caractère incertain est signalé.

Clôture au 31/12/N : Oméga estime que le risque de non-recouvrement porte sur 30 % du montant HT. Base de dépréciation : 12 000 € (montant HT). Dépréciation à constater : 12 000 × 30 % = 3 600 €.

31/12/N

Débit

Crédit

6817

Dotations aux dépréciations des actifs circulants

3 600 €

491

Dépréciations des comptes de clients

3 600 €

Clôture au 31/12/N+1 : la situation s'est dégradée. Oméga estime désormais le risque à 60 %. Dépréciation nécessaire : 12 000 × 60 % = 7 200 €. Le stock de dépréciation étant déjà de 3 600 €, il faut compléter par une dotation de 3 600 €.

31/12/N+1

Débit

Crédit

6817

Dotations aux dépréciations des actifs circulants

3 600 €

491

Dépréciations des comptes de clients

3 600 €

En N+2, Sigma paie finalement 70 % de la créance, soit 14 400 × 70 % = 10 080 €. L'entreprise considère que le reste n'est pas définitivement perdu : un plan d'apurement est en négociation. On enregistre l'encaissement :

N+2

Débit

Crédit

512

Banque

10 080 €

416

Clients douteux

10 080 €

À la clôture du 31/12/N+2, la créance restante en compte 416 est de 14 400 − 10 080 = 4 320 € TTC, soit 3 600 € HT. Compte tenu du paiement partiel et des négociations en cours, Oméga ré-estime le risque à 30 % du HT restant : dépréciation nécessaire = 3 600 × 30 % = 1 080 €. Le stock de dépréciation étant de 7 200 €, il faut reprendre 7 200 − 1 080 = 6 120 €.

31/12/N+2

Débit

Crédit

491

Dépréciations des comptes de clients

6 120 €

7817

Reprises sur dépréciations des actifs circulants

6 120 €

Pourquoi cette reprise ? Parce qu'une partie de la créance a été encaissée : la dépréciation portait sur un montant désormais réduit. Le principe de prudence n'impose pas de maintenir une dépréciation devenue sans objet ; au contraire, conserver le stock antérieur reviendrait à sous-évaluer le résultat, ce qui serait tout aussi infidèle.

En N+3, le tribunal de commerce prononce la liquidation judiciaire de Sigma et délivre un certificat d'irrécouvrabilité pour le solde de 4 320 € TTC. La créance devient définitivement irrécouvrable. On constate la perte et on récupère la TVA collectée :

N+3

Débit

Crédit

654

Pertes sur créances irrécouvrables

3 600 €

44571

TVA collectée

720 €

416

Clients douteux

4 320 €

Il faut enfin reprendre la totalité de la dépréciation résiduelle (1 080 €), devenue sans objet puisque la créance est sortie du bilan :

31/12/N+3

Débit

Crédit

491

Dépréciations des comptes de clients

1 080 €

7817

Reprises sur dépréciations des actifs circulants

1 080 €

Métaphore de l'ombre de l'objet. La créance Sigma est la vitre. Lors de la première alerte, la vitre se salit : on commence à voir une ombre. À chaque clôture, on mesure cette ombre et on ajuste sa taille (la dépréciation). En N+2, une partie de la salissure est nettoyée (paiement partiel) : on réduit l'ombre — c'est la reprise. En N+3, la vitre disparaît du bilan (créance irrécouvrable, sortie de l'actif) : l'ombre disparaît aussi, mécaniquement, par une reprise finale de la dépréciation restante.

La dépréciation des immobilisations

Principe général

Une immobilisation (corporelle ou incorporelle) doit faire l'objet d'un test de dépréciation lorsqu'il existe un indice de perte de valeur à la clôture. Le PCG énumère plusieurs indices : baisse significative de la valeur de marché du bien, obsolescence physique ou technique, changement défavorable de l'environnement économique ou juridique, baisse importante des performances attendues.

Lorsqu'un tel indice existe, l'entreprise compare la valeur nette comptable (VNC = valeur brute − amortissements cumulés) à la valeur actuelle. La valeur actuelle est la plus élevée des deux suivantes :

  • La valeur vénale : prix que l'on pourrait obtenir de la vente du bien, déduction faite des coûts directement liés à la cession ;

  • La valeur d'usage : somme actualisée des avantages économiques futurs attendus de l'utilisation du bien et de sa sortie.

Si la VNC est supérieure à la valeur actuelle, la différence est constatée en dépréciation. L'écriture comptable est la suivante :

Date de clôture

Débit

Crédit

6811

Dotations aux amortissements et dépréciations des immobilisations

Montant de la dépréciation

29X

Dépréciations des immobilisations (compte selon la nature du bien)

Montant de la dépréciation

À la différence d'un amortissement, qui constate une perte de valeur prévisible étalée sur la durée d'utilisation, la dépréciation constate une perte de valeur exceptionnelle, non prévue par le plan d'amortissement initial. Elle est réversible : si la valeur actuelle remonte ultérieurement, la dépréciation est reprise (totalement ou partiellement) par le crédit du compte 7811 « Reprises sur amortissements et dépréciations des immobilisations ».

La modification du plan d’amortissement en cas de dépréciation

Lorsqu'une immobilisation amortissable est dépréciée, sa valeur nette comptable diminue d'un coup, indépendamment du plan d'amortissement en vigueur. Cette baisse de la VNC modifie mécaniquement la base sur laquelle seront calculés les amortissements futurs : il faut donc réviser le plan d'amortissement.

La règle est la suivante : à compter de l'exercice de la dépréciation, la nouvelle base amortissable est la VNC immédiatement après dépréciation (c'est-à-dire après prise en compte de l'amortissement de l'exercice et de la dépréciation). Cette base est étalée sur la durée résiduelle d'utilisation prévue.

Concrètement, pour l'exercice de la dépréciation :

  1. On enregistre d'abord l'annuité d'amortissement normale de l'exercice ;

  2. On calcule la VNC après cet amortissement (VNC = valeur brute − amortissements cumulés y compris celui de l'exercice) ;

  3. On compare cette VNC à la valeur actuelle ;

  4. On enregistre la dépréciation égale à la différence ;

  5. À partir de l'exercice suivant, on amortit la nouvelle VNC sur la durée d'utilisation restante.

Le plan d'amortissement est donc reconstruit à partir de l'exercice suivant celui de la dépréciation. Les annuités sont mécaniquement plus faibles qu'auparavant, puisque la base est plus faible. À l'issue du nouveau plan, la VNC doit toujours converger vers zéro (ou vers la valeur résiduelle, le cas échéant).

La modification en cas de reprise

Lorsque les indices de perte de valeur disparaissent et que la valeur actuelle de l'immobilisation redevient supérieure à sa VNC, il faut reprendre tout ou partie de la dépréciation antérieurement constatée. Cette reprise est obligatoire : elle n'est pas un choix de l'entreprise.

Toutefois, la reprise est plafonnée. La VNC après reprise ne peut pas dépasser la VNC qu'aurait eue l'immobilisation si aucune dépréciation n'avait jamais été enregistrée, c'est-à-dire la VNC reconstituée selon le plan d'amortissement initial. Ce plafond vise à éviter qu'une reprise n'aboutisse à comptabiliser une plus-value latente, ce qui contreviendrait au principe de prudence.

Comptablement, la reprise s'enregistre par le débit du compte 29X (dépréciations) et le crédit du compte 7811 « Reprises sur amortissements et dépréciations des immobilisations ».

À la suite de la reprise, le plan d'amortissement doit à nouveau être révisé : la nouvelle base amortissable est la VNC après reprise, étalée sur la durée d'utilisation restante. Les annuités futures augmentent donc, dans la limite de ce qu'aurait permis le plan initial.

En pratique, le suivi de cette « VNC théorique » sans dépréciation est essentiel : c'est elle qui sert de plafond à toute reprise. Une bonne tenue du tableau d'amortissement permet de la calculer à chaque clôture.

Exemple complet

Au 01/01/N, la société Thêta acquiert une machine industrielle pour 50 000 € HT. La durée d'utilisation est estimée à 5 ans, en mode linéaire, sans valeur résiduelle.

Annuité initiale : 50 000 / 5 = 10 000 € par an.

Plan d'amortissement initial :

Base amortissable

Taux

Amortissement

Cumul amortissements

VNC

N

50 000

20%

10 000 €

10 000 €

40 000 €

N+1

50 000

20%

10 000 €

20 000 €

30 000 €

N+2

50 000

20%

10 000 €

30 000 €

20 000 €

N+3

50 000

20%

10 000 €

40 000 €

10 000 €

N+4

50 000

20%

10 000 €

50 000 €

0 €

N : amort. 10 000 ; cumul 10 000 ; VNC 40 000

Au 31/12/N+1, après deux annuités, la VNC est de 30 000 €. Un nouveau procédé industriel rend la machine partiellement obsolète : la valeur actuelle (la plus élevée de la valeur vénale et de la valeur d'usage) est estimée à 18 000 €. Il faut donc déprécier de 30 000 − 18 000 = 12 000 €.

Écritures au 31/12/N+1 (après amortissement de l'exercice) :

31/12/N+1

Débit

Crédit

6811

Dotations aux amortissements et dépréciations des immobilisations

12 000 €

2915

Dépréciations des installations techniques

12 000 €

Révision du plan d'amortissement : la nouvelle base amortissable est la VNC après dépréciation = 18 000 €. La durée résiduelle est de 3 ans (N+2, N+3, N+4). La nouvelle annuité est de 18 000 / 3 = 6 000 € par an.

Plan révisé après dépréciation :

Base amortissable

Taux

Amortissement

Cumul amortissements

Dépréciation

VNC

N+2

18000

1/3

6 000 €

26 000 €

12 000 €

12 000 €

N+3

18000

1/3

6 000 €

32 000 €

12 000 €

6 000 €

N+4

18000

1/3

6 000 €

38 000 €

12 000 €

0 €

Au 31/12/N+3, des perspectives plus favorables apparaissent (relance du marché). La valeur actuelle est ré-estimée à 12 000 €. La VNC après amortissement de l'exercice N+3 est de 6 000 €. La valeur actuelle (12 000 €) est supérieure à la VNC : il faut reprendre la dépréciation, mais dans la limite du plafond.

Calcul du plafond : VNC qu'aurait eue la machine si aucune dépréciation n'avait été enregistrée, soit selon le plan initial = 10 000 € au 31/12/N+3.

La reprise est plafonnée à : VNC plafond (10 000) − VNC actuelle (6 000) = 4 000 €.

Écriture au 31/12/N+3 :

31/12/N+3

Débit

Crédit

2915

Dépréciations des installations techniques

4 000 €

7811

Reprises sur amortissements et dépréciations des immobilisations

4 000 €

Nouvelle révision du plan : VNC après reprise = 10 000 €. Durée résiduelle = 1 an (N+4). Annuité N+4 = 10 000 €.

Plan définitif :

Base amortissable

Taux

Amortissement

Cumul amortissements

Dépréciation

VNC

N+4

10 000

100%

10 000 €

48 000 €

8 000 €

0 €

La dépréciation résiduelle de 8 000 € reste au passif jusqu'à la sortie du bien : elle sera reprise lors de la cession ou de la mise au rebut, en même temps que les amortissements cumulés, contre le compte 2154 « Matériel industriel ».

Conclusion

La dépréciation est l'un des principaux outils par lesquels la comptabilité concilie le principe du coût historique avec le principe de prudence. Elle permet, sans modifier la valeur d'entrée des actifs, de refléter les pertes de valeur probables identifiées à la clôture.

Quel que soit l'actif concerné — titres financiers, créances clients, immobilisations corporelles ou incorporelles — la logique est toujours la même : on compare la valeur comptable à la valeur d'inventaire, et on constate l'écart négatif s'il existe. Cet écart est dynamique : il doit être réévalué à chaque clôture, ce qui peut conduire à des dotations complémentaires, à des reprises partielles ou totales, ou à une sortie pure et simple de l'actif lorsque la perte devient définitive.

La métaphore de l'ombre projetée par les vitres salies aide à retenir l'essentiel : la dépréciation est une ombre temporaire et réversible, qui se modifie à mesure que la situation évolue, jusqu'à disparaître soit parce que la salissure est nettoyée (reprise), soit parce que la vitre elle-même sort du bilan (cession ou perte définitive).

Maîtriser les mécanismes de dépréciation, c'est donc à la fois maîtriser le calcul (déterminer la bonne base et la bonne méthode d'évaluation selon la nature de l'actif), les écritures comptables (dotations, reprises, sortie d'actif) et la lecture du bilan, qui doit toujours pouvoir donner une image fidèle de la situation patrimoniale et financière de l'entreprise.

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